Histoires de réussite

Les histoires de réussite sont des histoires vraies que les femmes nous ont raconté, dans lesquelles elles ont réussi à mettre fin à une agression.

Puisque dans les faits divers on n’entend que des histoires qui finissent mal, nous voulons partager ces récits dans lesquels les femmes ont mis des choses en place pour sortir de situations désagréables ou dangereuses.

Racontez vos histoires de réussite !

Quelle était la situation? Qu’est ce qu’on a fait? Comment ça s’est terminé?

envoyez la votre par mail : arca-f@riseup.net

Dans l’espace public

L’histoire de Camille :

« J’étais assise dans le métro, 2 hommes sont montés et se sont installés : un à côté de moi, l’autre en face. J’ai senti le pied de l’homme d’en face caresser ma cheville. J’ai eu un moment de doute, m’a-t’il touché par erreur ? Je me suis dit que non, car c’était trop insistant pour être involontaire. Dans le doute je relève la tête et je le regarde droit dans les yeux. Il me fait un clin d’œil. Je fais une grimace de dégoût et lui dis : « Éloigne ton pied » d’un ton ferme et autoritaire. Il met un doigt sur sa bouche en faisant « chuuut ! ». Là je me suis fâchée en lui disant « si tu me dis encore de me taire, je vais dire à tout le monde dans le métro ce que tu m’as fait ». Il a baissé ses yeux puis il a regardé son ami. Ils ont échangé quelques mots que je n’ai pas compris et sont descendus à la station suivante. »

Camille a fait confiance a son intuition, a utilisé son regard et s’est servie de ripostes verbales pour reprendre le contrôle.

L’histoire de Ravy :

Ravydrawing

« J’étais sur une rue étroite et à sens unique à vélo. Une voiture derrière moi a commencé à accélérer et rouler très près pour me montrer qu’elle voulait que je me mettre de côté pour la laisser passer. Je ne l’ai pas fais, j’ai continué ma route au même rythme.
La voiture m’a insulté en criant que je ne devrais pas être à vélo. Je me suis retourné et lui ai fais un fuck you du doigt. Il est devenu rouge colère, a accéléré pour me montrer qu’il voulait foncer sur moi par l’arrière. Je ne sais pas s’il faisait seulement m’intimider, mais j’ai eu très peur. J’ai accéléré et quelques mètres plus loin, une fois passé dessous le chemin de fer la route devenait plus large, j’ai tourné pour rentrer dans un parking de supermarché et la voiture ne pouvait plus me suivre. »

Ravy s’est concentrée sur ce qu’elle pouvait faire en restant consciente de ses émotions (la peur, la colère) et des ressources autour d’elle.

(Ravy est illustratrice, retrouvez son travail ici : http://www.ravyillustration.com)

Une femme nous a raconté :

Un gars dans la rue, en train de boire des coups avec d’autres, qui me dit : « Hé chérie, t’as pas une clope? » J’ai dit : « C’est moi qui décide qui m’appelle chérie ! » Il était tout penaud.

Cette femme a posé ses limites de manière directe pour dire ce qu’elle voulait.

Titre : Je ne suis pas une catégorie Youporn !

Un soir en disant au revoir à ma chérie avec un baiser sur la bouche à la sortie du métro. Un homme me met la main sur l’épaule, interrompant notre baiser en disant : « Franchement vous m’avez donné chaud là les filles » avec le regard lubrique. Je me suis tournée vers lui, abasourdie : « Mec, t’es pas sur Youporn catégorie lesbiennes là ! On est des êtres humains ! Dégage ! »
Le type a été surpris par ma remarque, s’est excusé tout penaud et est parti.

Cette femme a fait une scène en utilisant l’humour, s’est rendu humaine et a complété avec un ordre.


L’histoire de Julie, 19 ans : Instinct de survie bonjour !

J’étais à  un arrêt de bus à 9h du matin, seule. Un homme est venu se coller derrière moi, je sentais son sexe contre mes fesses. Je lui ai mis un coup de coude dans les côtes assez violemment. Il s’est éloigné, mais a continué a me harceler verbalement. Je lui ai répété de me laisser tranquille jusqu’à ce que le bus arrive, en restant ancrée dans le sol, sans reculer quand il s’est approchait de moi.

Julie a riposté physiquement et a complété en donnant un ordre et en prenant de l’espace avec une position stable.

L’histoire de Selma, 15 ans : Le bonhomme de la gare

J’attendais mon père à la gare en compagnie de mon frère quand un monsieur est venu me parler et me demander où j’habitais. Je lui ai donc répondu que ça ne le regardais pas, puis comme il insistait, je lui ai expliqué clairement que j’étais avec mon frère et que je ne voulais pas lui dire. Il est parti sans rien dire et n’est plus revenu me parler.

Selma a posé ses limites et a envoyé un message clair et direct pour dire ce qu’elle ne voulait pas.

L’histoire de Léa : Regards dans le tram

J’étais avec une amie dans le tram. Il y avait du monde, un homme me regardait fixement au loin. Je l’ai regardé fixement à mon tour et j’ai levé les yeux aux plafond pour signifier que me fixer était ridicule. Il a détourné les yeux.

Léa a utilisé son langage non-verbal, corporel pour déstabiliser l’agresseur et inverser la situation de malaise.

Violences familiales et conjugales

Claire nous a raconté son histoire qu’elle a titré : il n’est jamais trop tard pour faire cesser une agression. La parole, ferme, froide, est une arme puissante.

« Une histoire qu’on racontait dans ma famille pour amuser la galerie.
Petite, je ne voulais pas manger. Mon père me couchait sur la table, me pinçait le nez et m’enfournait la nourriture de force.
Il y a environ une quinzaine d’année, devant une large tablée, un de mes parents raconte l’histoire et là, je dis calmement et très fermement « Moi ça ne m’amuse pas ».
Un froid à table puis on change de conversation!
Je n’ai plus jamais entendu l’histoire.
J’ai du entendre cette histoire pendant environ 40 ans avant d’oser protester. »

Danièle nous a raconté cette histoire :

« Ma voisine ne vivait pas avec le père de son fils mais gardait le lien avec lui. Un jour j’entends dans l’escalier du bruit et « arrête, arrête ». Je descends quelques marches et je vois ma voisine par terre sur les marches avec son ex au dessus d’elle. Je lui crie alors (dans l’esprit parce que je ne me souviens plus des paroles exactes) «ça suffit, maintenant vous sortez, dehors, dehors ! » ; j’ai du ajouter « vous n’habitez pas ici alors vous partez ». Il est parti.« 

La voisine s’est défendue et en demandant à son ex d’arrêter, elle a pu briser son isolement. Danièle a utilisé un ton autoritaire, a élevé la voix, a complété sa riposte en donnant un ordre. Sa solidarité a aidé à mettre fin à la situation. Elle nous a dit que par la suite sa voisine était plus déterminée à poser ses limites avec le père de son fils.

Une autre histoire : Une femme aveugle sortait avec un homme voyant qui était contrôlant. Elle a su qu’il allait devenir violent le soir où elle voulait s’en aller et qu’il a attaché son chien-guide dehors, l’empêchant ainsi de partir. Elle l’a quitté peu de temps après cet évènement.

Dans le cycle de violence conjugale il y a une période de montée de la tension, du contrôle. Cette femme s’est fiée à son intuition et a décidé de rompre avant qu’il y ait une escalade des agressions.

Une femme a raconté :

« Ma relation avec mon ex n’allait pas très bien et j’étais assez déprimée et n’avais pas envie de faire l’amour. Un matin il a insisté 1 fois, 2 fois, a commencé à se mettre sur moi et à user de sa force. J’ai parlé très fort, dit NON ! Arrête ! Et j’ai essayé de le repousser. J’ai du recommencer de lui dire d’arrêter. Je lui ai dit que je ne voulais pas.

Il a capitulé et j’ai vu dans ses yeux qu’il avait compris que c’était mal. J’ai mis longtemps avant de comprendre que c’était moi qui avais gagné. J’avais 20 ans.« 

Elle a utilisé un non ferme, donné un ordre et complété sa riposte en disant ce qu’elle ne voulait pas de manière autoritaire.

Une femme a raconté son histoire qu’elle a titré : Comment ma mère a démonté mon père 🙂

« Mon père est « occasionnellement » violent avec ma mère. Une fois au cours d’une enième dispute, ma mère nous appelle au secours (comme cela arrive souvent dans ce type de situation).

Mon frère et moi avons cherché à nous interposer entre eux pour empêcher notre père de la frapper. Et là notre mère le frappe des deux mains aux tempes. Il était complètement sonné et a failli tomber dans les pommes.

Ce soir là, ma mère a : 1) neutralisé mon père 2) riposté et montré qu’elle pouvait lui rendre coup pour coup.« 

Elle a brisé son isolement et riposté physiquement sur une partie faible du corps de l’agresseur.

Gilda 61 ans a titré son histoire : Liberté

« Je suis divorcée depuis 2005. Je me suis mariée à 17 ans, j’ai eu 2 fils 5 ans après. Mon mari a été licencié et s’est écroulé puis s’est mis à boire en dehors de la maison. Je ne le savais même pas et il a failli m’étrangler un soir. Je me suis enfermée dans ma chambre et suis allé voir SOS femmes grâce à une amie, puis une avocate en cachette car je me suis dit il va me tuer.

J’ai mis 3 ans pour divorcer avec de gros problèmes et de la peur. Je suis partie avec 1 main courante et grâce à mon travail j’ai pu avoir un logement et me monter petit à petit dans mon appart.« 

Gilda s’est mise en sécurité et a brisé son isolement avec une amie et des ressources professionnelles.

Dans le cadre du travail

L’histoire d’Isabelle, 50 ans : Un chef de service pervers

Dans une clinique. Je suis malade, la grippe, je veux m’arrêter. Mon chef en profite pour me rabaisser verbalement ( il dit que c’est un abandon de poste). Je perds mes moyens et m’effondre. Puis j’ai demandé à une collègue de m’accompagner et j’ai répété devant elle et lui ce qu’il avait dit et ajouté :  « C’est n’importe quoi ». Il m’a laissé tranquille et a lâché. 

Isabelle a brisé son isolement en créant une solidarité avec une collègue. Elle a profité d’avoir un témoin pour dire clairement ce qu’elle pensait.

Titre : La douche dans le magasin

Je travaillais dans un magasin et faisais le ménage seule à l’étage ( 1 collègue était en bas). J’ai senti comme une présence passer dans mon dos. Au bout de quelques minutes, je suis allé voir dans les différentes pièces de l’étage avec mon balai. J’ai trouvé un homme caché dans la douche. Je me suis posée bien droite, ferme avec mon balai (comme un pape avec sa crosse) et avec une voix posée et très ferme, autoritaire, je lui ai demandé : « Que faites vous là? » Et chaque réponse de sa part, je lui ai répété « Que faites vous là? ». Environ 5 fois. Il a fini par partir sans que j’ai besoin d’en venir à une riposte physique.

Cette femme a écouté son intuition. Puis elle a pris son espace en se posant droite et a répété sa question d’une voix ferme et autoritaire. Le fait d’avoir une riposte physique en tête (par exemple l’utilisation d’une arme à portée de la main comme le balai) peut nous donner encore plus de force.

Noémie 27 ans a raconté son histoire : « Fumeurs de joints »

A la sortie de la discothèque, je sors dehors avec un garçon qui me prend mon sac et en discutant, il finit par me plaquer contre le capot d’une voiture et veut m’embrasser de manière assez « soudaine » et violente. J’ai repéré 2 fumeurs au loin et les ai interpellé pour venir m’aider. Les 2 gars sont venus m’aider et ont dégagé le garçon. C’était le serveur de l’endroit où je travaillais. Je ne lui ai plus jamais adressé la parole alors que je l’ai vu tous les jours pendant mon contrat de travail. 

Noémie a fais une scène pour attirer l’attention et l’action d’autres personnes. Puis elle a complété sa riposte sur son lieu de travail.

Titre : Menace au travail

C’était sur les jours fériés que je dois continuer de travailler dans ce petit magasin, sans qu’on me paie de supplément. Donc j’ai posé la question au patron. Il m’ a répondu en prenant l’exemple d’une salariée d’un supermarché:  » Elle, elle travaille 20h de plus sans être payée en heures supplémentaires, et quand elle a posé ses doutes, son responsable lui a dit que si elle n’est pas contente, il y a 20 personnes qui attendent sa place. » J’ ai répondu à mon patron:  « C’est pas normal ! Elle peut porter plainte! » Il est devenu mal à l’aise.

Face au patron qui la menace de manière détournée, cette femme a riposté en nommant le problème, et en forçant l’agresseur à voir les conséquences possibles de ses actes. 

L’histoire de Véro, 57 ans : Le racisme

Dans mon travail, on me prend souvent à partie en me disant des réflexions racistes. L’ « issue » que j’ai trouvé est de répondre « Désolée, je ne suis pas raciste ». Et la personne ne sait pas quoi répondre et part.

Véro utilise l’humour pour déstabiliser et nomme le problème en mettant un mot sur l’agression.

Vous pouvez aussi retrouver des histoires de réussite receuillies par Leona Heillig du Centre de Prévention des Agressions de Montréal (Canada). Ces histoires ont été racontées par des femmes qui ont suivi les stages Action au Québec.

La page des histoires de réussite du CPAM : les histoires sont écrites en français, en anglais et en espagnol, on peut aussi les écouter en audio 🙂

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